You are here

Albert Memmi
Portrait du Colonisateur

précédant le Portrait du Colonisé avec une préface de Jean-Paul Sartre
Paris, éd. Corréa, Petite Bibliothèque Payot, Editions de l'Etincelle, 1957, 1973. 180 pages

La politique et le colonisateur de bonne volonté

Cela dit, je veux bien admettre qu'il faille éviter un romantisme excessif de la différence; On peut penser que les difficultés d'adaptation du colonisateur de bonne volonté n'ont pas une importance considérable ; que l'essentiel est la fermeté de l'attitude idéologique, la condamnation de la colonisation. A condition, évidemment, que ces difficultés ne finissent pas par gêner la rectitude du jugement éthique. Etre de gauche ou de droite, n'est pas seulement une manière de penser, mais aussi (peut-être surtout) une manière de sentir et de vivre. Notons simplement que bien rares sont les colonisateurs, qui ne se laissent pas envahir par ces répulsions et ces doutes, et d'autre part, que ces nuances doivent être prises en considération pour comprendre leurs relations avec le colonisé et le fait colonial.
Supposons donc que notre colonisateur de bonne volonté ait réussi à mettre entre parenthèses, à la fois le problème de ses propres privilèges et celui de ses difficultés affectives. Il ne nous reste en effet à considérer que son attitude idéologique et politique. n était communiste ou socialiste de toutes nuances, ou simplement démocrate ; il l'est demeuré en colonie. Il est décidé, quels que soient les avatars de sa propre sensibilité individuelle ou nationale, à continuer de l'être ; mieux encore, à agir en communiste, socialiste ou démocrate, c'est-à-dire à oeuvrer pour l'égalité économique et la liberté sociale, ce qui doit se traduire en colonie par la lutte pour la libération du colonisé et l'égalité entre colonisateurs et colonisés.