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Ibrahima Sow. Koumen. Le Mythe Peul du Berger Céleste. Ethiopiques  Revue Négro-Africaine de Littérature et de Philosophie

Ibrahima Sow
Koumen. Le Monde Peul à travers le Mythe du Berger Céleste

Ethiopiques. Revue Négro-Africaine de Littérature et de Philosophie. No. 19, juillet 1979

Introduction à Koumen

Dans cette étude sur Koumen 1, nous ne nous proposons pas de reprendre ce qui a été déjà dit dans la partie introductive du récit ni ce qui a été déjà dit dans les notes dont le souci majeur visait surtout l'explicitation de certains aspects ésotériques.
Ce qui compte avant tout pour nous c'est de jeter un regard en direction du dieu pour qu'il se montre à nous et surtout de nous tenir dans la proximité intime de la parole mythologique où s'offre et se dérobe à la fois l'être du dieu. La double articulation dans laquelle nous voulons nous maintenir dans cette étude sur Koumen a en vue d'une part la mise en lumière de l'essence du dieu et d'autre part le souci de nous maintenir dans le laisser-être duquel la parole mythique et poétique se fraye le chemin d'elle-même où, nous autres êtres oublieux, avons encore peut-être à chercher le nôtre. Cette double articulation qui n'est double que par souci méthodologique — en réalité ne fait qu'une qui tient rassemblés l'être du dieu et la parole mythique à travers laquelle il s'offre et se dérobe :

« Je suis Koumen aux formes multiples » 2.

Le dieu pastoral dont l'être est parlant « dans » le dit de la parole qui féconde le récit initiatique ne se laisse pas aisément pénétrer non seulement du fait qu'il se tient caché à travers une infinité de symboles mais aussi et surtout parce que là même où il semble se manifester à nous c'est là même où il disparaît. Son apparaître est un constant disparaître. Il s'éloigne en s'approchant et s'approche en s'éloignant. Dans ce flux d'apparitions — disparitions signifiées à travers ses métamorphoses (changements de formes) se tient le dieu qui est toujours en retrait, retrait dans lequel se meut toute la vision symbolique du récit initiatique dont le symbolisme du noeud est au centre. Par son étymologie même peut être approché l'être du dieu Koumen à travers ce symbolisme central.

Qui est Koumen ? La question interroge trop profond pour celui qui ne sait pas encore ce que représentent le « bœuf », le « lait », la « vache », le « bâton pastoral » etc… pour les Peul, c'est-à-dire pour celui qui n'a pas encore entrepris le voyage de l'écoute de la parole peul où le « bel agir » va avec le « beau dire » 3. C'est dire que pour nous rendre proches dans l'intimité du dieu-qui-noue, nous avons d'abord à ne pas perdre de vue que son essence qui nous fait signe dans son retrait même, ne se laisse pas dissocier de ce qui originairement demeure rassemblé dans la pensée (vision) peul : mythos, ethos et poïesis. Cela on peut le voir dans cet autre récit peul, Kaydara. La question qui interroge sur l'essence du dieu Koumen nous interroge donc d'abord et avant tout sur le fond à partir duquel le monde peul est parlant de lui-même, mais ce monde est aussi essentiellement parlant « à travers » le dit du récit dont nous avons ici à nous mettre à l'écoute.