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Hamady Bocoum. Contribution à la connaissance des origines du Takrur
Hamady Bocoum*
Contribution à la connaissance des origines du Takrur

Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Dakar, n° 20, 1990, pp. 159-178

*Assistant de Recherche à l'IFAN Cheikh Anta Diop,
membre du Laboratoire de Recherches Historiques par la Tradition Orale, département d'Histoire, Faculté des Lettres et Sciences humaines.

Le Takrur est l'une des formations étatiques les plus anciennes de l'aire sénégambienne. La problématique de ses origines, bien qu'elle ait attiré l'attention de plusieurs chercheurs, n'a pas encore fait l'objet d'un modèle explicatif cohérent. Néanmoins, il est admis que, dans l'ancien Takrur (Nammandiiru), l'émergence des structures étatiques est associée à la maîtrise de la technologie du fer, qui est à ce titre un phénomène historique majeur. C'est en partant de cette corrélation et de sa prise en charge à travers le concept de "chaîne opératoire" que nous allons tenter d'identifier les différentes séquences de la mise en place de l'Etat du Takrur par le groupe Jaa-oogo.

1. Takrur : méthodologie : la chaîne opératoire du fer, sa conduite et ses exigences

La chaîne opératoire est le cadre de convergence de deux logiques, l'une technique, l'autre sociale, dont l'analyse permet de comprendre l'unité profonde entre les exigences de la technique et ses implications sociales. Il s'agira, partant des mécanismes oxydo-réducteurs propres à la thermodynamique, de montrer en quoi ils déterminent une série de contraintes dont la résolution conditionne le développement de la sidérurgie. Nous montrerons ainsi comment le caractère nécessaire de certaines opérations et les réponses spécifiques qui leur sont apportées permettent de révéler pas à pas les divers maillons de la chaîne opératoire du fer et d'en identifier les moments stratégiques, enjeux potentiels de la compétition sociale, économique et politique.

1.1 La chaîne opératoire du fer : sa logique interne et ses moments stratégiques

Depuis les ttavaux d'A Leroi-Gourhan 1, l'étude des procédés techniques a franchi un pas qualitatif avec l'élaboration progressive du concept de chaîne opératoire. Il ne s'agit plus en effet d'étudier les techniques pour elles-mêmes (observations empiriques, études descriptives, etc.) mais de les analyser du triple point de vue de la technologie, de l'environnement et de la société.
Selon R. Cresswell (1976: 13), une chaîne opératoire "est une série d'opérations qui transforment une matière première en un produit, que celui-ci soit objet de consommation ou outil".
Suivant cette définition, le développement de la sidérurgie dans un territoire donné suppose la maîtrise des processus techniques permettant la réduction des oxydes de fer. Corrélativement, la survie de la technologie est fonction de l'équilibre maintenu entre les potentialités du milieu et les besoins du groupe qui l'investit.
Or le milieu naturel, tout comme le contexte social, est soumis à des transformations internes, des mutations, voire des bouleversements, ce qui permet d'introduire la mobilité de la chaîne opératoire du fer, c'est-à-dire l'aspect dynamique qui fonde aussi sa pluralité.
Par ailleurs, le cadre temporel impliqué dans la conduite de toute chaîne opératoire et l'importance des différentes séquences par rapport à l'ensemble du processus technique permettent une hiérarchisation des tâches, l'objectif à ce niveau étant l'identification de celles qui peuvent être considérées comme stratégiques, c'est-à-dire "celles dont l'accomplissement est nécessaire à la poursuite du processus" (Lemonier, P. 1980 : 10).
Au plan social enfin, la production du fer suppose l'existence et l'entretien d'un réseau de relations destiné à assurer l'approvisionnement en matières premières et la circulation des produits finis ou demi-finis. Ces impératifs supposent à leur tour "une certaine organisation sociale dans laquelle se meut l'artisan, à la fois sa clientèle et son soutien" (Holl, A 1983: 4).
Ainsi, l'analyse de la chaîne opératoire du fer passe par la mobilisation d'informations diverses allant de la paléoécologie à la géologie en passant par l'étude des techniques et du contexte culturel ; quatre aspects qui convergent et s'expriment dans un territoire qui, par ce fait, peut être retenu comme l'unité d'analyse élémentaire. Dans le cas de la présente étude, le territoire considéré correspond à l'ancien Takrur, dont les spécificités et l'extension spatiale seront traitées plus loin.

1.2. Les conditions thermodynamiques de la réduction l'identification des moments stratégiques

Dans son acception générale, la métallurgie "est l'art d'extraire les métaux de leurs minerais, de les transformer en produits demifinis et de les mettre en forme pour leur utilisation (produits finis)." (Fluzin, Ph. 1983 : 15)

Cette définition permet de repérer quatre niveaux dans le processus technique : acquisition du minerai, extraction du métal (réduction), confection des objets (travail à la forge), utilisation. On notera que la suite est logique et que le passage du minerai à l'objet suppose l'accomplissement des tâches intermédiaires.
Ainsi, le processus technique débute avec l'acquisition des matières premières en vue de l'obtention du métal. Entre ces deux phases se situe l'opération de réduction, qui constitue l'épine dorsale de la métallurgie extractive 2.
Ces quelques principes indiquent que c'est la composition du minerai et les températures atteintes dans les installations (fourneaux) qui sont à l'origine  du développement des techniques métallurgiques. C'est donc à ces niveaux que se situent les choix décisifs et que peuvent s'observer les principales difficultés.
Il est donc logique d'admettre que la maîtrise empirique des principes oxydo-réducteurs, les modalités de leur apprentissage et/ou de leur cloisonnement ont constitué les critères déterminants dans l'expansion de la métallurgie extractive.
En conséquence, dans la conduite de la chaîne opératoire du fer, l'opération de réduction peut être considérée comme le moment stratégique, et le  fourneau, infrastructure qui en est le siège, l'enjeu stratégique du dispositif technique. Aussi pouvons-nous avancer le postulat selon lequel le groupe qui contrôle la métallurgie extractive occupe une position dominante sur l'ensemble de la chaîne opératoire, ce jusqu'au niveau de l'utilisateur.
Les Jaa-oogo avaient-ils ce moyen de coercition en leur possession ? Suivant quelles modalités et dans quel contexte ont-ils pu le mettre à profit pour se propulser au sommet de la hiérarchie sociale durant l'émergence de la formation étatique du Takrur ? De la solution de ces questions dépend la validité du postulat.

2. Le Takrur dans la littérature historique : les sources et leurs limites

2.1. Les sources arabes

Les informations relatives à l'origine du Takrur sont totalement absentes dans les récits des voyageurs arabes. La première mention du Takrur dans cette catégorie de sources est attribuée à Al Masudi (Xe siècle), soit à une période postérieure à la mise en place de l'Etat Jaa-oogo.
De fait, les sources arabes ne deviennent intéressantes qu'à partir du XIe siècle avec Al Bekri ; aussi sont-elles de peu d'intérêt pour les questions relatives à l'origine du Takrur.

2.2. Les sources autochtones

Elles constituent la principale source d'inspiration des études relatives au Takrur. Cinq auteurs sont à l'origine des différentes interprétations ; il s'agit de : Siré Abbas Soh, Yoro Dyao, Amidou Kane, le Capitaine Steff et Cheikh Moussa Kamara. Ces auteurs peuvent assez facilement être répartis en deux catégories suivant l'origine qu'ils proposent pour le groupe Jaa-oogo.

2.2.1. L'origine étrangère

Cette tendance est défendue par trois auteurs : Siré Abbas Soh, Yoro Dyao et Amidou Kane.
D'après Siré Abbas Soh "le premier souverain connu du Fuuta Toro fut Dya-Ukka, alias Dia-Ogo, de clan Dyah. Venu de Ukka, en Syrie, dont il avait été chassé par les arabes." 3 .
Yoro Dyao, tout en proposant une origine égyptienne, apporte des précisions quant au contenu du mouvement migratoire dirigé par Gala Jaaoogo.

"A côté d'une majorité de Noirs, la dite migration comportait des Romains, des Arabes et peut être des Berbères. Elle amenait avec elle de magnifiques chevaux ainsi que de nombreux boeufs, moutons et chèvres. Les membres de cette migration introduisirent au Fouta la métallurgie du fer, ainsi que la culture du gros mil dans la zone inondable du fleuve Walo." 4

Amidou Kane, enfin, n'apporte pas d'informations véritablement inédites. Il précise cependant que les Jaa-oogo étaient les Peuls venus de l'Est et qu'ils étaient forgerons 5.
L'analyse faite par G. Thilmans (1983: 176) révèle que les récits de ces auteurs n'ont pas la même portée historique. Amidou Kane est visiblement sur certains points un copiste de Siré Abbas Soh et de M. Delafosse, dont il reconduit les principales références.
La critique essentielle que l'on peut faire à cette catégorie de sources est la tendance diffusionniste très marquée et le peu de cas fait des populations autochtones antérieures aux Jaa-oogo. Or, cette attitude n'est pas conforme aux évidences archéologiques, qui, elles, attestent de la permanence et de la densité de l'occupation humaine avant lesdites migrations depuis le néolithique (Ravise, A. 1975).

2.2.2. L'origine autochtone

Elle est défendue par deux auteurs, le Capitaine Steff et Cheikh Moussa Kamara. Pour le Capitaine Steff,

« Le Fouta s'appelait autrefois Nammandir et ses premiers habitants étaient les Diaogo ; très peu nombreux, ils étaient groupés dans un village du nom de Nammandir situé à mi-chemin entre le Fouta et le Djolof. » 6

Cheikh Moussa Kamara, qui adopte une démarche historique très marquée, est à la fois plus souple et plus rigoureux dans sa démonstration. D'après cet auteur,

"Les Jaa-oogo sont des Sebbe Wurankobe. Ils auraient d'abord habité le Nammandir ou Namandira situé entre le Djolof et le Ferlo. Selon d'autres ils habitaient le Ferlo et c'était de leur résidence qu'ils gouvernaient le Fuuta. lls cohabitaient avec les Fulbe qui étaient leurs sujets. » 7

La particularité de ces auteurs réside dans les propositions explicites qu'ils font à propos du statut social des Jaa-oogo, de la nature de leur pouvoir, ainsi que sur les rapports qu'ils entretiennent avec le reste de la population ; autant de données qui ouvrent un champ d'interprétation plus vaste.
En ce qui concerne la détermination des contours du territoire original soumis aux Jaa-oogo, ils proposent un espace géographique assez bien délimité. Dans les deux cas, le pays Jaa-oogo correspond à un territoire que l'on peut approximativement situer entre la vallée du Fleuve Sénégal au Nord et à l'Est, le réseau hydrographique fossile du Ferlo au Sud, la limite Ouest pouvant être située à la hauteur du Bas-Ferlo (fig. 1).

Fig. 1. La dispersion des Jaa-oogo

2.3. Les essais sur la chronologie Jaa-oogo

2.3.1. La chronologie historique

Elle procède essentiellement d'extrapolations à partir de la durée des règnes attribués aux différentes dynasties dans les chroniques traditionnelles. Il s'agit en réalité d'exercices arthmétiques opérés à partir d'une référence chronologique supposée connue, en l'occurrence le début du règne sur le Fuuta de Koli Tennella, dont les conquêtes se seraient terminées entre 1529 et 1532, d'après Kane, O. 1986: 167.
Malgré ces réserves, les chronologies historiques ont le mérite de proposer un cadre temporel englobant les différentes dynasties ayant régné sur le Futa. Pour i'Etat Jaa-oogo, les fourchettes chronologiques proposées par les différents auteurs sont les suivantes: Delafosse (850-1000), A. Kane (934-1064), le Capitaine Steff (884/5-1174/76).
Les travaux historiques récents relatifs à cette région, après examen approfondi des différentes sources, s'accordent aujourd'hui à remettre en cause la précision toute arithmétique du cadre chronologique proposé ci-dessus.
C'est ainsi qu'A. Ba (1985) propose le VIe siècle comme période probable de la mise en place de l'Etat Jaa-oogo, tandis qu'O. Kane (1986) situe l'épisode au IVe siècle.

2.4. L'apport de l'archéologie ; la chronologie absolue

Partant de la corrélation maitrise des techniques métallurgiques/émergence de l'Etat Jaa-oogo, nous avons entrepris le recensement et la calibration des données 14 C relatives à "l'âge du fer" pour la zone Sénégal/Ferlo et les régions adjacentes. (Tableau 1).
Nous avons ainsi pu mettre en évidence un cadre chronologique global, à l'intérieur duquel a été isolée une séquence relative à l'ancien Takrur. (Fig. 2)
Concernant le Nord du Sénégal, et particulièrement la moyenne vallée du fleuve Sénégal, nous pouvons considérer à titre provisoire que la métallurgie du fer était effectivement acquise au Ille siècle de notre ère au plus tard et, par extrapolation, situer à cette date l'émergence de l'état du Takrur. (Fig. 2)

Chronologie absolue du fer dans l'ancien Takrur d'après le C 14

Tableau 1 Liste des dates 14 C obtenues sur des sites attribues à l'ancien Takrur
No. Laboratoire Echantillon Age B.P. Age calibré Aire cult. Référ.
24 Ly 1937 Charbons 10580±130 45 775 bille Chavane
25 Ly 1745 " 1550± 140 95 650 " Thilmans
26 Ly 1741 " 1470 ± 260 20 1040 " "
27 Ly 1743 " 1460 ± 220 225 890 " "
28 Dak 155 " 1363 ± 120 465 870 " "
29 Ly 1170 " 1170 ± 90 625 1035 " "
30 Ly 1744 " 1090 ± 160 625 1225 " "
31 Gif 4530 " 1020 ± 90 860 1225 " Chavane
32 Ly 1742 " 970 ± 150 785 1270 " Thilmans
33 Gif 4521 " 950 ± 80 890 1250 " "
34 Gif 5114 " 940 ± 80 895 1255 " Chavane
35 Gif 4522 " 920 ± 80 900 1260 " Thilmans
36 Ly 2030 ? 920 ± 100 900 1260   Chavane
37 Gif 4529 Charbons 910 ± 90 905 1265 " "
38 Dak 192 " 900 ± 110 910 1270 " Thilmans
39 Ly 2034 " 790 ± 100 1040 1335 " Chavane
40 Dak 213 " 560 ± 110 1260 1485 " "
41 Mc 2050 " 450 ± 80 1330 1635 " "
42 Mc 2049 " 120 ± 60 1625 1950 " "

Source : Bocoum, H. 1986,

Productiion, échange du fer

3. La mise en place de l'Etat Jaa-oogo

3.1. Rôle du contrôle social des moments stratégiques de la chaîne opératoire du fer dans la mise en place du pouvoir Jaa-oogo

Si toutes les sources traditionnelles concordent pour faire des Jaa-oogo les initiateurs du système étatique ainsi que de la métallurgie et de la culture du gros mil dans les terres du Waalo 8, aucune d'entre elles n'en décrit le processus. Il est d'ailleurs illusoire de s'attendre à ce qu'elles le fassent car ne sont

sélectionnés par elles que les évènements les plus significatifs, aboutissements de processus parfois lents et complexes peu susceptibles de marquer durablement la mentalité collective des contemporains.
Il est néanmoins possible, en confrontant les informations contenues dans les récits traditionnels aux réalités de la chaîne opératoire du fer sur le point précis du contrôle socilît de~ tâches stratégiques, de tenter une explication.
A ce propos, le Capitaine Steff, décrivant la réalité du pouvoir Jaa-oogo, donne les indications suivantes :

« Les Jaa-oogo étaient très pauvres, ils possédaient peu de bétail et cultivaient juste de quoi se nourrir. Leur chef était Coumba Waly et sa famille jouissait de la prérogative de fondre le fer et de le vendre ; ils allaient loin dans la montagne chercher du minerai qu'ils faisaient fondre dans des fourneaux de leur construction. » 9

Ce qui frappe à la lecture de ce récit, c'est l'absence de tout faste dans la description du mode de vie des gouvernements. La simplicité, voire l'humilité, sont de rigueur. Le contraste est frappant entre leur manière de gouverner et les fastes décrits à la cour de Ghana par exemple, ou le pouvoir despotique qui valut aux Manna 10 une triste réputation sous la plume des chroniqueurs traditionnels.
Il découle de ces considérations que l'Etat Jaa-oogo, à ses origines tout au moins, ne répond pas au modèle d'un organisme parasitaire situé au-dessus de la société. Le fait que les gouvernants aient été contraints d'assurer leur autosuffisance alimentaire en plus des activités de production du fer en est l'illustration parfaite. On peut donc supposer que ce fragment du récit du Capitaine Steff se situe à une phase ancienne, aux balbutiements de l'Etat du Takrur.
Le second enseignement a une portée plutôt technologique et renvoie à la chaîne opératoire du fer. Nous avons précédemment montré que, dans la conduite de cette chaîne, l'opération de réduction proprement dite était l'enjeu stratégique du dispositif technique. En conséquence, pour être efficace, le contrôle social devait s'exercer sur elle et ses corollaires, c'est-à-dire les matières premières (le minerai en particulier) ainsi que sur l'apprentissage des compétences techniques requises en vue de la réduction des oxydes de fer. Le récit du Capitaine Steff est à certains égards une confirnation de ce scénario. En effet, les Jaa-oogo détenaient les "secrets" de la réduction et très probablement aussi ceux de la localisation des sites minéralogiques les plus appropriés. De ce point de vue, leur contrôle s'exerce sur la sidérurgie extractive, c'est-à-dire les produits demi-finis (loupes brutes, lingots, etc.). Mais à ce niveau du raisonnement, la chaîne opératoire du fer n'est pas encore épuisée, elle se poursuit dans une seconde aire technologique: la forge, où les produits demi-finis sont transformés en produits finis. Cette métallurgie de transformation était, d'après le Capitaine Steff, du ressort d'autres forgerons auxquels les Jaaoogo "vendaient" leur production.
Il apparaît ainsi que la métallurgie de transformation était économiquement et technologiquement contrôlée par les Jaa-oogo. Le monopole exercé par ce groupe sur les matières minérales et la sidérurgie extractive en général, associé à son autosuffisance alimentaire, devait suffire à lui assurer un contrôle sur la société pour deux raisons essentielles.
Dans une société déjà agricole, ceux qui contrôlent les instruments de production peuvent par la même occasion contrôler l'ensemble de la société. Les Jaa-oogo, en tant que pourvoyeurs de la métallurgie de transformation, avaient ce pouvoir à leur disposition. Le second signe de la position prépondérante du groupe Jaa-oogo devait résulter de la possibilité qu'il avait d'accumuler des biens sociaux.
En effet, en tant que producteurs agricoles, on peut supposer que les revenus consécutifs à la cession du fer auprès des forgerons constituaient une accumulation brute de biens sociaux et de prestige dont on sait l'importance qu'ils onl eue dans les sociétés les plus anciennes. Sous ce rapport, il ne faut donc pas s'étonner d'apprendre que, sous les “Jaa-oogo, le plus noble métier était de manier le fer” 11.
Le récit de Cheikh Moussa Kamara selon lequel les Jaa-oogo n'ont pas introduit la métallurgie du fer, mais plutôt la technique du travail à partir du minerai d'hématite 11, est une confirmation de leur contrôle sur la sidérurgie extractive. Car le fait qu'ils vendaient leur production à d'autres forgerons est bien la preuve que les techniques de forgeage tout au moins étaient connues d'autres groupes, ce qui ne pouvait nullement nuire à leur autorité, ces derniers leur étant techniquement assujettis.
Mais quand Cheikh Moussa Kamara, se référant à d'autres sources, avance :

“ils habitaient dans le Ferlo et c'était de leur résidence qu'ils gouvernaient le Fuuta. lls cohabitaient avec des Fulɓe qui étaient leurs sujets”,

nous sommes, à l'évidence dans une autre séquence temporelle. Ils ne se contentent plus de vendre leur fer à d'autres forgerons mais gouvernent le Fuuta à partir de leur résidence. Nous sommes loin des Jaa-oogo très pauvres qui cultivaient juste ce qu'il leur fallait pour se nourrir et qui élevaient un petit bétail. Ils ont maintenant des sujets, les Fulɓe en l'occurrence. Il devient alors évident que les deux auteurs ne s'inspirent pas des mêmes sources et que, de manière certaine, ils ne font pas référence à la même période. Ainsi, du Capitaine Steff à Cheikh Moussa Kamara, nous sommes passés du monopole de la sidérurgie extractive à la conquête du pouvoir politique par le biais de l'accumulation de biens sociaux. A partir de ces constatations, il devient possible d'envisager des séquences diachroniques dans l'approche de la stratégie de prise du pouvoir par le groupe Jaa-oogo.

3.2. Les étapes de la prise du pouvoir politique par le groupe Jaa-oogo

Partant des évidences archéologiques, de la lecture des récits traditionnels et des exigences dela chaîne opératoire du fer, la prise du pouvoir politique par le groupe Jaa-oogo peut s'appréhender suivant trois étapes relativement distinctes.

3.2.1. La chaîne opératoire d'implantation (C.D.I.) (Phase I)

Elle concerne ce que P. Gouletquer (1983: 184) appelle la chaîne opératoire d'implantation, c'est-à-dire quand et surtout comment le fer prend pied dans un territoire donné. En réponse à la première question, l'archéologie permet de proposer une séquence chronologique s'étendant du IIIe siècle avant J.C. au IIIe siècle après J.C. Le processus de l'implantation, en l'absence de documents (archéologiques et ethnologiques notamment), est plus difficile à retracer. A ce propos, P. Gouletquer (1983 : 185) propose une alternative :

“elle est intervenue soit lorsque le groupe forgeron 13 a acquis la technique de fonte du minerai, soit lorsque le groupe forgeron est venu se fixer en commensural sur la communauté agricole.”

Ce modèle conçu pour les forgerons de l'Ader n'est peut-être pas transposable tel quel sur les populations du Nammandiiru ; malgré tout, le second terme de l'alternative nous paraît apte à expliquer le contenu de cette première phase. Les preuves d'une invention sur place de la métallurgie du fer n'étant nulle part encore identifiées pour le Sénégal, on peut logiquement supposer qu'elle a été acquise par emprunt, et que les vecteurs de ce progrès technique, peu importe qu'ils soient autochtones ou étrangers, ont continué à mener leurs activités agricoles concurremment à la métallurgie. Les conséquences de l'introduction du fer devaient être importantes pour l'agriculture, la chasse, la pêche, voire la guerre.

3.2.2. Contrôle des moments stratégiques de la chaîne opératoire du fer et affirmation du groupe Jaa-oogo (Phase II)

Si, en l'absence d'une documentation suffisante, l'étude de la chaîne d'implantation procède surtout de la construction théorique et du parallèle ethnologique, celle du contrôle des moments stratégiques de la chaîne opératoire

du fer est explicite dans tous les récits traditionnels. Les Jaa-oogo avaient le monopole de la métallurgie extractive ainsi que les prérogatives de vendre aux autres forgerons le fer qu'ils produisaient. Nous sommes incontestablement dans le contexte d'une relation de type commercial et, comme ils étaient, d'après le récit du Capitaine Steff, agriculteurs et éleveurs, on peut supposer que l'échange se faisait surtout contre des biens de prestige. n dut s'ensuivre une accumulation importante de biens sociaux par le groupe des fondeurs, qui va s'affmner contre les agriculteurs, obligés de recourir à lui pour leur outillage.
On constatera que les artisans du fer, déjà différenciés de la communauté des agriculteurs, se sont divisés en deux fractions. L'aile Jaa-oogo se spécialise dans la réduction, tandis que la seconde partie s'occupe de la métallurgie de transformation. La première, du fait du contrôle exercé sur les moments stratégiques de la chaîne opértoire du fer, est devenue prédominante.
Cette période de monopole est. une transition nécessaire entre la chaîne opératoire d'implantation et la prise effective du pouvoir politique. Elle permit aux Jaa-oogo d'accumuler des biens sociaux, d'acquérir une position sociale privilégiée et d'être, parmi toutes ies catégories sociales, la mieux préparée à assurer une hégémonie. Cette phase est actuellement difficile à placer dans une séquence chronologique en l'absence de données archéologiques exhaustives. Nous proposons de la situer entre la période d'implantation et les premières manifestations du fer dans le secteur de la moyenne vallée, car c'est probablement elle qui correspond aux premiers grands apports démographiques qui rendront de plus en plus évidente la nécessité d'un arbitrage, que les Jaaoogo vont mettre à profit pour jouer un rôle prépondérant dans la société.

3.2.3. Emergence de l'Etat Jaa-oogo (Phase III)

Plusieurs théories ont été avancées pour tenter de définir l'Etat et de déterminer les divers processus par lesquels des sociétés y ont accédé. Il ne semble pas qu'il puisse y avoir un modèle apte à fonctionner de manière universelle, bien qu'on ait eu tendance à expliquer l'émergence des formations étatiques en Afrique de l'Ouest en termes d'invasions et de conquêtes (Holl, A. 1985 : 79). La raison, mais également la conséquence en furent très souvent l'absence d'études approfondies sur la dynamique interne des sociétés qui ont engendré ces structures.
L'absence de toute approche diachronique chez les tenants de l'évolution sur place a par ailleurs donné aux débats une tournure plutôt idéologique, alors qu'il aurait fallu montrer, pour pouvoir fonder cette thèse, en quoi cette évolution surplace est perceptible.
Les efforts faits dans ce domaine ont ainsi porté beaucoup plus sur la caractérisation et les spécificités de l'Etat "négro-africain", où on note une forte tendance à adoucir la hiérarchie et les différences. Ainsi, selon Pathé Diagne (1981 : 45) :

“les hiérarchies fondées sur la richesse ou l'exercice du pouvoir transcendent les distinctions d'ethnie, d'ordre, de caste voire même du degré de liberté : ‘Rànnee du wànni’ distinguer — n'est pas discriminer (littéralement diminuer).”
“La vision négro-africaine de la différence a généralement débouché ici sur l'homologie, alors que la perception indo-européenne du même phénomène aboutit, presque toujours, à la hiérarchisation et à la ségrégation discriminatoire.”

Sans insister sur les implications idéologiques de ce point de vue, nous nous contenterons de noter que, relativement aux Jaa-oogo, la différence a engendré la hiérarchie et que cette évolution est évidente à la lecture des sources traditionnelles.

“Au début la famille des chefs travaillait elle-même le fer, ce n'est que lorsqu'elle eut acquis une influence spiriruelle sur les autres Jaa-oogo qu'elle laissa aux deux autres familles le métier de forgeron, se réservant seulement le droit de chercher le minerai et de le fondre.” 14

La perspective diachronique de ce texte ne fait aucun doüte. Après la phase d'implantation de la chaîne opératoire du fer, une discrimination s'est produite entre artisans du fer et le reste de la population (agriculteurs, éleveurs, etc.), puis, au sein du groupe des artisans, entre ceux qui produisent le fer et ceux qui le transforment. C'est avec la scission des Jaa-oogo en deux branches que s'enclenche réellement le processus de l'étatisation. L'aile dominante, celle qui contrôle les moments stratégiques de la chaîne opératoire du fer, est spécialisée dans la métallurgie extractive avec la possibilité pour un groupe d'accumuler des biens sociaux et de prestige. Ils se rendent en même temps relativement autonomes vis-à-vis de la société car, toujours agriculteurs et éleveurs, ils ne sont pas tenus dans le carcan d'une complémentarité rigide.
A ce propos, A. Ba (1985 : 75), après une discussion sur l'étymologie de Jaa-oogo, aboutit à l'hypothèse selon laquelle “les Jaa-oogo seraient les maîtres de l'Etat forgeron”. Pour cet auteur, Jaa-oogo = maître du fer, Oogo étant communément employé pour désigner le fer obtenu suivant le procédé de réduction directe.

En fait le terme oogo s'emploit aussi bien à la culture matérielle et tangible (ici l'extracton et la transformation du fer) fulɓe-halpulaar, qu'à celle immatérielle et intagible (par exemple la littérature ajamiyya fulfulde). Et le radical oog- supporte le verbe oogude et les substantifs oogo, oogirde, etc.  Tierno Muhammadu Samba Mombeya eut le génie de composer son chef-d'oeuvre et de le parer du titre Oogirde Malal (Le Filon (ou la Mine) du Salut ( Bonheur) éternel) : formule didactique et métaphore puissante dans le contexte du Fuuta-Jalon théocentrique.. Dans l'Introduction de son édition de Oogirde Malal (1971), Alfâ Ibrâhîm Sow  résume éloquemment la substance et la portée de l'oeuvre. Il écrit : « Si le Filon du bonheur éternel continue, cent cinquante ans après sa rédaction, à émouvoir les lecteurs de notre pays, c'est surtout à cause de la vocation littéraire qu'il assure au pular-fulfulde, à cause de sa versification juste, sûre et élégante, de sa langue saine, savante et subtile, de la volonté nationale d'affirmation culturelle qu'il incarne et du désir d'autonomie et de dignité linguistiques qu'il exprime. »
— Tierno S. Bah

Si, incontestablement, l'Etat Jaa-oogo procède du contrôle exercé sur ce produit, sa restriction à la qualité de forgeron nous paraît être une erreur sémantique en ce sens qu'elle ne prend pas en considération la scission intervenue dans ce groupe, alors que les sources traditionnelles sont formelles sur ce point. Les Jaa-oogo avaient le monopole de l'extraction du minerai et de la production du fer, qui était vendu aux autres forgerons.
Le groupe des hommes du fer au sens large se compose donc de deux fractions : les fondeurs (réduction du minerai) et les forgerons (spécialisés dans la transformation du produit). Or, seul le premier groupe était impliqué dans l'exercice du pouvoir, les forgerons proprement dits exerçant à sa périphérie.
Cette dichotomie étant explicite dans les chroniques historiques, il est sémantiquement inexact de définir l'Etat mis en place par les Jaa-oogo comme  un "Etat forgeron", bien que l'étymologie "Jaa-oogo" paraisse vraisemblablement en relation avec la production du fer.

Par ailleurs, la complémentarité économique, un des piliers de l'Etat différentiel, telle qu'elle ressort dans les travaux d'A. BA (1985: 176):

"Les communautés ouest-africaines semblent avoir répondu à cette époque à un modèle de distinction, de hiérarchie et de complémentarité et tirent leur reproduction en tant que groupe de cette complémentarité : le paysan qui n'a pas le droit de travailler le fer a besoin du forgeron qui, ne pouvant travailler la terre, attend sa nourriture du paysan",

ne rend pas compte correctement de la réalité. Si les forgerons (métallurgie de transformation) et les agriculteurs ont besoin du fer pour leur survie, l'inverse n'est pas vrai au même degré.

La différence n'est pas ici le reflet d'une complémentarité mais bien le fondement économique (technologique) de la domination d'un groupe sur le reste de la population. Pour cette raison, nous pensons que l'Etat mis en place par les Jaa-oogo eslle prûduit du conuôle des ressources critiquts (ici le fer) par une partie de la population du Nammandiiru 15.

Dans cette perspective, le recours à l'imaginaire de l'invasion peut tout simplement s'expliquer par le fait que, s'étant préalablement constitués dans le Ferlo pour ensuite étendre leur hégémonie sur la vallée, les Jaa-oogo sont apparus comme des étrangers aux yeux des chroniqueurs, qui, rappelons-le, sont tous originaires de la vallée et par conséquent héritiers des traditions et de l'idéologie fuutanke, pour l'essentiel centrées sur ce secteur.

Nous avons tenté de résumer cette hypothèse (Fig. 3) pour montrer comment le seul jeu des forces internes peut conduire à l'étatisation. Lors de l'avènement au pouvoir des Jaa-oogo vers le IIIme siècle dans le Nammandiiru, la catégorie sociale liée au fer, elle-même différenciée en deux branches, était prépondérante aux plans politique et économique du fait du contrôle qu'elle exerçait sur le fer.

Les Jaa-oogo avaient, en plus de la suprématie technologique et économique,une influence spirituelle liée à la production du fer. Par ce fait, ils alliaient le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Si, comme le rapporte le Capitaine Steff,

“ce n'est que lorsqu'elle acquit une influence spirituelle sur les autres Jaa-oogo qu'elle laissa aux deux autres familles le métier de forgerons, se réservant seulement le droit de chercher le minerai et de le faire fondre”,

on peut légitimement y voir la justification idéologique du pouvoir de la famille Jaa-oogo des Ndaw. Il s'agirait alors d'officiants détenteurs des secrets de la réduction des oxydes de fer et du cérémonial symbolique qui, d'après les observations et récits ethnographiques, préside à toute opération de production

du fer. Dans cette perspective, comme nous le montrerons par la suite, la perte du pouvoir politique est à mettre en rapport avec celle de ce privilège. Cet épisode se traduirait concrètement par la fm de leur monopole sur les ressources critiques qui, à la portée d'un plus grand nombre de techniciens, cesserait par la même occasion d'assurer-cette fonction.

3.3.4. La perte du pouvoir politique par le groupe Jaa-oogo : signification et portée

Dans les chroniques historiques se rapportant à l'ancien Takrur, l'éviction des Jaa-oogo est simplement attribuée à une invasion.

“Le Manna Mamoudou Soumaré, prince animiste du groupe soninké des Aéranké, émigra du Tagant avec tous les siens, pour des raisons restées inconnues. ll attaqua la localité de Nammandir, et s'en empara après trois jours d'un combat qui coûta la vie au chef Jaa-oogo.
Une partie des compagnoes de ce manna s'établit à Naromandir, des unions avec les Jaa-oogo ne tardèrent pas à accroître la population.” 16

Au plan ethnique, les Manna sont généralement considérés comme étant des Soninké. Ils seraient liés à la famille royale des Nyaxate de Jarra, elle-même originaire de Ghana. Or, les Soninké, depuis Ghana, maîtrisaient déjà la technologie du fer. Ils sont donc au moment de la conquête (Xe siècle ?) héritiers d'une technologie déjà largement répandue en Afrique occidentale 17.
Sous ce rapport, on peut formuler l'hypothèse que les Etats riverains du Takrur étaient en mesure de présenter une alternative aux populations et de briser le monopole exercé par le groupe Jaa-oogo pour ce qui est de l'approvisionnement en fer.
La brèche ainsi ouverte au coeur d'un privilège royal et se rapportant à un moment stratégique de la chaîne opératoire du fer nous semble devoir être considérée comme la raison profonde de la défaite des Jaa-oogo.
En somme, si la cause immédiate de l'éviction des Jaa-oogo est attribuée à une défaite militaire, elle n'est en dernière analyse que l'aboutissement de la maîtrise des techniques métallurgiques par les peuples limitrophes (Soninké entre autres) ; car, avec l'extension des techniques métallurgiques en Afrique de l'Ouest, la défaite politique des Jaa-oogo était inscrite à l'ordre du jour. Les Soninké, forts de leur expérience politique (Ghana) et technologique (connaissance de la sidérurgie), étaient déjà prêts à prendre la relève.

Conclusion

Au terme de cette analyse, il apparaît que la combinaison des trois sources constitutives de l'histoire africaine — les textes écrits, les sources orales et l'archéologie — permet des avancées significatives dans l'approche du vécu historique des peuples de la Sénégambie.
Concernant l'origine de la formation étatique du Takrur, l'étude de la chaîne opératoire du fer a permis, en rapport avec la discussion des chroniques traditionnelles, de repérer les principales séquences diachroniques de son évolution. Né du contrôle exercé sur la production du fer, le pouvoir Jaa-oogo s'est très logiquement effondré avec la perte de ce privilège.
Au plan social, les Jaa-oogo ont subi des mutations complexes, allant du statut de groupe dominant à celui de groupe dominé. Depuis, la sociologie s'est emparée de la question et l'étude des sociétés ouest africaines consacre un large chapitre au phénomène dit des "castes" et au groupe des forgerons. Elles gagneraient à prendre en charge la dimension historique.

Notes
1. Leroi-Gourhan, A. 1943, L'homme et la matière, Albin Michel.
2. La thermodynamique permet de préciser les modalités de celte opération. Le minerai devant se trouver à l'état d'oxyde avant la réducticn, celle-ci consistera à diminuer d'au moins une unité son degré d'oxydation : c'est la désoxydation. La dissociation se fait sous l'effet de la chaleur suivant l'affinité entre l'oxyde et son réducteur ; “à chaque couple métal/oxyde est associée une fonction G° T qui permet de déterminer l'énergie de dissociation de l'oxyde à une température dcnnéc". (Fluzin, Ph. 1983 : 15)
3. Siré Abbas Soh, "Chroniques du Fouta sénégalais". In Delafosse M., Paris, Larose. Chroniques du Fouta sénégalais, 328 p.
4. Yoro Dyao, "Les six migrations venant d'Egypte, auxquelles la Sénégambie doit son peuplement". In Delafosse M., Traditions historiques et légendaires du Soudan occidental, 104 p.
5. Amidou Kane, Archives de l'IFAN Cheikh Anta Diop, Fonds Gaden, cahier no. 1.
6. Capitaine Steff, 1913, Histoire du Fouta Toro de l'année 271 de l'Hégire à la conquête des Français, inédit, Archives de l'IFAN Cheikh Anta Diop, Fonds Gaden, Cahier no. 1.
7. Kamara , Ch. M. 1975.
8. Waalo. Dans la classification halpulaar (toucouleur de l'ethnographie coloniale), le terme waalo désigne la vallée alluviale du fleuve Sénégal. Son trait caractéristique est d'être concerné par les crues du fleuve Sénégal, dont le retrait rend possible la culture de décrue.
9. Capitaine Steff, 1913, Histoire du Fouta Toro in Fonds Gaden, Dépt. Islamologie, IFAN Ch. A. Diop.
10. Capitaine Steff, 1913, ibid. Les habitants du Takrur, excédés par les exactions des Manna, finirent par provoquer la noyade du dernier prince de la dynastie.
11. Histoire du Fuuta Toro, par Amadou Kane, in Foods Gaden, Cahier no. 1, IFAN, Dakar, p. 35.
12. Kane, O. 1986, Le Fuuta Toro des Satigi aux Almaami, Thèse de Doctorat d'Etat, Université Cheikh Anta Diop de Dakar, T. 1, pp. 64-65.
13. L'auteur ne distingue pas les artisans de la métallurgie extractive de ceux de la métallurgie de transformation. Cette différenciation est néanmoins nécessaire sur la question du fer.
14. Capitaine Steff,l913, op. cit.
15. Service, R.E. 1978 : 27, abonde dans le même sens : “In primitive society these strata are not formed by rich capitalists and poor workers but by whole kin groups, some of which have better access to strategic resources than other”.

Bibliographie